INTERVIEW

Cédric Klapisch réalisateur

“On lâche les dialogues et le découpage pour des choses plus intuitives et symboliques. En fait le travail du générique est assez proche du travail avec la musique.
C'est plus sensoriel, moins narratif.”

Ni pour ni contre, bien au contraire, 2003
Chacun cherche son chat, 1995
L'Auberge Espagnole, 2001

Qu’est‐ce qu’un générique pour vous ?

Un corridor, un petit chemin pour rentrer dans le film. Un générique c'est : In the mood for film.
Bien sûr sa fonction première c'est de donner les noms des travailleurs du film.
Mais pour moi c'est avant tout une façon de prendre en otage l'attention du spectateur pour le préparer à mieux "vivre" esthétiquement et narrativement le début du film.
Je me souviens comment le générique de Chacun cherche son chat qu'on a finalisé tardivement a complètement changé la façon d'entrer dans le film.
Du coup ça a vraiment bouleversé la façon globale de ressentir ce film.


Quelle est l’importance du générique dans vos films ?

C'est primordial, et j'aime l'idée qu'à ce moment là de la perception du film on travaille beaucoup sur du graphisme et de la musique.
On déplace les outils traditionnels de la fabrication d'un film.
On lâche les dialogues et le découpage pour des choses plus intuitives et symboliques. En fait le travail du générique est assez proche du travail avec la musique.
C'est plus sensoriel, moins narratif.


Quelle est votre implication dans la fabrication des génériques de vos films ?

On est très complices avec Eric Brocherie, c'est lui qui a fait TOUS les génériques de mes films (à part Un air de famille) depuis mes débuts dans les courts métrages.


Quel est votre rapport avec le designer des génériques de vos films ?

On parle beaucoup en amont et on se parle aussi beaucoup pendant le travail.
On peut partir de références parfois lointaines, pour les Poupées russes il y avait le livre Cameras works sur les collages photos de David Hockney qui a eu une grosse influence.
Mais comme on a tout mis en mouvement avec Eric à la fin c'est devenu vraiment autre chose.
Pour Ma part du gâteau on avait en tête le clip des Pink Floyd qui s'appelle San Francisco.
L'idée c'était de partir d'images réelles accélérées pour créer des sensations, des chocs presque inconscients.
Il fallait trouver une façon d'être politique de façon poétique ou sensorielle.


Quel est votre rapport avec le compositeur de la musique des génériques de vos films ?

Etroit d'ailleurs ça fait 6 films qu'on forme une sorte de trio entre Loïk Dury et Eric Brocherie.
Entre l'ordinateur d'Eric branché sur After Effects et l'ordinateur de Loïk branché sur Cubase, il y a moi branché sur mon scooter...
Au début quand ils ne se connaissaient pas chacun attendait l'autre.
Loïk me disait "ce serait mieux qu'il y ait les images pour pouvoir composer la musique dessus" et Eric me disait j'attends la musique pour que je puisse animer les graphismes dessus... Maintenant on marche par maquettes en work in progress... Chacun avance en ayant une intuition de ce que fait l'autre... C'est vraiment une relation de complicité.

 

Quelle est l’importance du budget sur la qualité et la créativité de vos génériques ?

Ça peut avoir de l'importance ou pas tout dépend du concept qu'on suit.


A quel moment réfléchissez-­‐vous au générique ?

A l'écriture et au montage.
Comme pour le film lui-­‐même si au moment du montage ce qui a été prévu et écrit ne correspond plus, alors on trouve une autre idée...


Pensez-­vous que le générique devrait être considéré comme une œuvre à part entière ? Pensez-­‐vous que l’on devrait créer un prix aux Oscars, Césars,... pour récompenser les designers de générique ?

Pourquoi pas.

Les Poupées Russes (2004)

Ma Part du Gâteau (2010)