HUMEUR

Laure Chapalain graphiste freelance, intervenante au sujet de l'histoire du générique de film à Gobelins, l'école de l'image

“Comment pourrait-on faire la lumière sur les nombreux autres créateurs de génériques quand le plus connu est ignoré ?”

Seven, 1995

On a du boulot !

Voici quelques lignes lues dans un article intitulé « la Fête du Clip » sur le site internet français phare du cinéma : www.allocine.fr.

« ... quand il s’agit de mettre son talent au profit du groupe de rock A Perfect Circle, Fincher s’arme de codes cinématographiques expérimentés sur « Seven » : pellicule rayée, image qui saute, lumière chaude, atmosphère étouffante... »

Ces quelques lignes en disent long sur le peu de reconnaissance à laquelle les créateurs de génériques ont droit. Ces fameux codes apparaissent bien dans le film de Fincher, mais uniquement dans son générique, réalisé par le maître du genre actuel, Kyle Cooper. Comment pourrait-‐on faire la lumière sur les nombreux autres créateurs de génériques quand le plus connu est ignoré ?

Ce générique, sorti en 1995, a révolutionné l’histoire du motion design. Kyle Cooper a créé cette séquence en rupture totale avec l’héritage des grands du générique : Saul Bass, Pablo Ferro et Maurice Binder. A l’époque, ces contemporains font de très belles séquences où priment l’épure et la simplicité. Cooper invente ici un court métrage d’une incroyable complexité, à la fois très actuel et en hommage à ses pères (Stephen Frankfurt avec « To kill a mockingbird » et Stan Brakhage, réalisateur expérimental).

Personne n’a jamais vu alors un tel ovni au cinéma. Il signe le renouveau du générique de film et impose encore sa marque aujourd’hui.

Cette esthétique de pellicule rayée, de flous, de plans qui se superposent et qui sautent, aux couleurs chaudes, rappellent celles du clip de la chanson « Closer », réalisé par Mark Romanek pour Nine Inch Nails en 1994. Ce morceau est d’ailleurs la bande son du clip. Tout cela n’enlève rien au talent de David Fincher, mais concernant le clip qu’il a signé pour A Perfect Circle, il ne s’est pas inspiré de son propre univers mais bien de celui de Kyle Cooper.