MAKING OF

Kuntzel+Deygas artistes

Une règle que nous avons déterminée pour ce générique est que nous ne demanderions à Sempé aucun nouveau travail, mais simplement l’autorisation d’utiliser les dessins qu’il avait crée à l’époque.”
Kuntzel+Deygas

Le Petit Nicolas, 2009

Comment avez-vous abordé le générique ?

Nous avons d’abord décliné l’offre, qui était de faire une création visuelle à notre manière et nous avons suggéré que Sempé soit sollicité pour créer ce générique. C’est Laurent Tirard qui a eu la bonne idée de nous proposer de nous réunir, nous et Sempé, tout simplement !

Quelle direction artistique avez-vous reçu de la part des commanditaires ?

Aucune. L’artistique c’est justement notre travail.

Une règle que nous avons déterminée pour ce générique est que nous ne demanderions à Sempé aucun nouveau travail, mais simplement l’autorisation d’utiliser les dessins qu’il avait crée à l’époque, dans le but d’écrire notre propre histoire. Nous savons qu’il est impossible à un dessinateur, ni même agréable, de devoir faire semblant de dessiner avec son ancienne manière. Pour les couleurs nous aimons en général ne pas en rajouter et de toute façon les dessins auxquels nous avons eu accès étaient noir et blanc avec une pointe de rouge, que nous avons attribué à la typographie.

L’autre règle fondamentale et tout à fait liée à la première et qui est à notre sens la clef du charme de ce générique, c’est la non-animation des dessins de Sempé que nous nous sommes imposée, car ces dessins avaient été crées pour un livre imprimé et n’étaient pas pensés pour bouger, et il était hors de question de les massacrer en les faisant s’activer sans raison, en les « zombifiant ». Si vous les regardez il délivrent déjà chacun leur potentiel de vitalité, de présence et de charme. Nous avons décidé de nous servir de ce qui était déjà là, et de bien le mettre en scène pour servir notre narration.

Et pour finir, la troisième règle que nous nous sommes fixé était de ne pas ajouter d’éléments dessinés par nous évidemment. Notre seul apport graphique dans ce générique est donc la forme des découpes blanches qui soutiennent les dessins de Sempé, et qui sont les silhouettes des immeubles, arbres, et autres éléments de décors en blanc.

Comment avez-vous travaillé avec votre équipe ?

Comme toujours, entièrement dans notre atelier, avec une petite équipe d’environ une dizaine de free lance talentueux, passionnés et perfectionnistes. Au départ, entre nous deux, nous couvrons la totalité de l’histoire d’abord sous forme d’idées esquissées sur des bouts de papier, en fonction de la liste de noms et titres dont l’ordre et la durée sont imposés. Nous avons donc pour ce générique feuilleté les livres pour sélectionner les dessins que nous voulions employer. Puis notre première collaboratrice entre en jeu pour traduire ces idées en crayonnés animés des scènes envisagées. L’animatique obtenu est un moment clef qui détermine les moments de narration et les moments de lecture des titres et noms, donne le rythme, les moments vifs, les moments calmes. Comme en couture, c’est l’équivalent de l’esquisse de robe en toile blanche, la forme et le ton sont là, mais pas encore le style qui vient avec le tissu final chatoyant et les petits détails chics. Mais cette étape est cruciale pour dire clairement aux autres membres de l’équipe ce que nous cherchons à atteindre, ou plutôt, ce que nous avons déjà atteint et qu’ils doivent dépasser tout en s’assurant de préserver le charme de l’esquisse qui s’en dégage. C’est cette dernière chose qui est la plus subtile et la plus fragile. Cette étape nous sert d’étalon de manière permanente et nous la confrontons souvent au travail en cours qui devient de plus en plus raffiné pour voir si nous n’avons pas perdu quelque chose en route, car il est parfois tentant de raffiner le travail jusqu'à lui enlever tout son charme sans s’en apercevoir. Le livre semble être en papier mais tout est numérique, et notre mot d’ordre à l’équipe était d’apporter une sensation de réalité sublimée par la vision d’un enfant, comme si le spectateur était un petit enfant devant un grand livre. Les animateurs ont donc crée volontairement des maladresses et des à-coup pour signifier qu’une main invisible manipulait les tirettes et mécanismes de papier qui frottent et résistent, les décorateurs ont choisi chaque grain de poussière, pliure, petite tâche, agrafe qu’on voit à peine briller dans la reliure pour augmenter la sensation de réalité, et avec notre directeur de l’image nous avons déterminé les focales et profondeur de champs pour donner l’illusion de la taille du livre face au spectateur.

Comment avez-vous travaillé avec Klaus Badelt, le compositeur de la musique ?

Nous ne l’avons pas côtoyé, ni n’avons échangé directement. Il a travaillé à distance sur le prémontage du générique que nous avons fait, et d’après les indications de Laurent Tirard.

À quel stade de la production vous a-t-on contacté ?

Le montage était quasi fini, la musique et les effets sonores en cours de travail. Ca n’a absolument aucune importance pour nous de voir ou pas le film avant d’imaginer le générique. Ce qui compte pour nous ce sont les quelques mots que le réalisateur va dire pour décrire ce qu’il a cherché à faire, ainsi qu ela raison pour laquelle il pense avoir besoin d’un générique pour son film.

Combien de temps avez-vous eu pour le faire ?

Environ 1 mois et demi

Qui vous a contacté pour faire ce générique ?

Le réalisateur Laurent Tirard, puis les deux producteurs de Fidélité Films.

Quelles sont vos influences pour ce générique ?

Sempé ! et le principe des livres à mécanismes pour enfant qui donnent l’illusion que tout ce monde dessiné va se mettre à vivre. Cette idée nous a guidé pour choisir des cadrages et des focales qui donnent l’illusion au spectateur d’être tout petits devant ce grand livre qui se déploie comme un terrain de jeu.

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Désolés on n’y arrive pas !!!!!