MAKING OF

Kook Ewo motion designer /Cyrille Aufort compositeur

“Vincenzo s'est énormément impliqué dans le générique depuis le début,
tout en me laissant très libre lors de la conception/storyboards /previz. [...]
Son imagination et son enthousiasme ont vraiment aidé à ce que tout se passe
pour le mieux sur ces 6 mois de travail... !”
Kook Ewo

Splice, la maquette, 2009
Splice, 2009

KOOK EWO

 

Comment avez-vous abordé le générique ?

Kook Ewo : Au départ, Vincenzo avait déjà l'idée que l'on voit différentes matières (végétal, animal, humaine...) et que les noms des acteurs en sortent, comme si des éléments métalliques poussaient en des- sous... J'ai trouvé l'idée géniale ! Ce que me demandait alors Vincenzo était d'imaginer la séquence de 3 minutes qui allait en découler, et à quoi tout cela allait pouvoir ressembler... ! J'ai alors commencé par insé- rer l'idée que la peau en question soit un mix entre les matières dont il me parlait et de la peau humaine pour que le spectateur ne sache jamais vraiment à quoi il avait à faire. Ensuite, j'ai proposé de plonger la scène dans un liquide amniotique, sale, organique, très peu lumineux pour ajouter au côté étrange et éviter le côté lisse de la 3D. Après, j'ai proposé une mise en scène dans laquelle la caméra était une simple particule, sans poids, qui allait être passive et heurtée sans cesse par les mouvements de la créature qu'on observait, de manière à ce que l'on soit "porté" d'un tableau à l'autre. Cette idée de caméra flottante a malheureusement dû être mise de côté au moment de la préviz car trop compliquée à mettre en oeuvre techniquement... Enfin, j'ai lui ai raconté ce qu'on allait voir phase par phase... Après le premier test de Chez Eddy pour la production, on a vite vu que même si l'idée de la typo sous la peau était géniale, cela allait vite devenir redondant. On a donc opté pour une intégration organique de chaque titre... J'ai ensuite proposé un storyboard de la séquence entière qui, une fois validé, à permis que je passe à la préviz, cad à la modélisation basique de l'ensemble pour pouvoir créer un mouvement de caméra définitif.

Quelle direction artistique avez-vous reçu de la part des commanditaires ?

Kook Ewo : Une fois le concept posé, Vincenzo et moi avons défini globalement une ambiance visuelle de la séquence : un liquide dense, un milieu organique sale dans lequel la lumière a du mal à passer les quelques centimètres de profondeurs. Ensuite, les tons et les couleurs sont venus à mesure de la produc- tion. Ce qui était important était qu'on ne perde pas l'idée qu'il s'agissait toujours de peau humaine "mélan- gée" et pas seulement d'une matière parfaitement identifiable.

Avez-vous travaillé avec une équipe ? Si oui, comment avez-vous travaillé avec eux ?

Kook Ewo : Pour ce générique on était obligé de passer par du rendu 3D le plus photoréaliste possible. Cela implique plusieurs postes clef spécialisés (avec un génie pour les textures, un génie pour les particules, un génie pour le compositing etc..) Pour moi les choses ont été vécu différemment de l'équipe 3D : j'ai beaucoup travaillé sur la conception/storyboards/previz en amont avant que l'équipe 3D ne commence concrètement le travail. Le travail d'équipe était plutôt interne à l'équipe 3D, car Vincenzo et moi ne pouvions pas être présents au quotidien sur 5 mois.

Quelle a été l’implication du réalisateur dans le générique ?

Kook Ewo : Vincenzo s'est énormément impliqué dans le générique depuis le début, tout en me laissant très libre lors de la conception/storyboards/previz. On a ensuite travaillé d'un commun accord sur toutes les validations 3D. Son imagination et son enthousiasme ont vraiment aidé à ce que tout se passe pour le mieux sur ces 6 mois de travail... !

Comment avez-vous travaillé avec le compositeur de la musique ?

Kook Ewo : Nous avons reçu une maquette au départ, qui définissait un rythme générale qui m'a permis de penser le mouvement de caméra. Et c'est seulement vers la fin du processus de fabrication que nous avons eu la version orchestrée !

À quel stade de la production vous a-t-on contacté ?

Kook Ewo : Je crois que Vincenzo était au milieu du montage. A ce moment il sentait qu'il manquait une séquence d'ouverture à son film.

Combien de temps avez-vous eu pour le faire ?

Kook Ewo : De mon côté, entre la conception, la validation du principe sous forme écrite, les storyboards et previz (mouvement exacte caméra) : je dirais en cumulé 5 semaines. Ensuite, nous validions avec Vincenzo chaque étape de la production 3D, en moyenne 2/3 fois par semaine sur une période de 5 mois. Du côté équipe 3D : Test peau Chez Eddy pour convaincre la production : 10 jours Fabrication 3D : 5 mois à 5 personnes !

Qui vous a contacté pour faire ce générique ?

Kook Ewo : Vincenzo Natali directement (il avait remarqué le générique de Silent Hill)

Quelles sont vos influences pour ce générique ?

Kook Ewo : Au départ, on ne s'en rends pas forcément compte, mais après, avec le recul, je dirais Fight Club et Alien 4.

Le Top 10 des génériques de Kook Ewo :
Le + classe : Barbarella, Barbarella et Barbarella. Se7en, Donnie Brasco.
Le + drôle : Le Carton
Le + ovni : Ceux des films d'Almodovar !
Le + innovant : Watchmen
Le + émouvant : K-PAX
Le + musical : Bullit
Le + mieux que le film : The Kingdom
Le + moins bien que le film : ??
Le + raté : ??
Le + meilleur : Barbarella

 

Le story board du générique

 


 

CYRILLE AUFORT

 

À quelle étape du film avez-vous été contacté pour réaliser la musique ?

Cyrille Aufort : Le film était en cours de montage (septembre 2008). Il ne s'agissait pas à ce moment-là du montage définitif, le film avait une durée approchant les 2 heures. Entre septembre 2008 et janvier 2009, j'ai vu passer 4 versions différentes du montage, Vincenzo peaufinant ses scènes en fonction de l'avancement des effets spéciaux.

Avez-vous également travaillé la musique spécifiquement pour le générique ?

Cyrille Aufort : Pour le générique j'ai travaillé sur un line test, sans textures ni couleurs. Il y avait juste les mouvements de caméra. J'ai découvert le générique dans sa version définitive bien après, une fois le mixage film terminé.

Comment avez-vous travaillé avec le réalisateur ? Quels étaient les lignes directrices que vous avez reçues de sa part ?

 Cyrille Aufort : J'envoyais des maquettes au format mpeg4 à Vincenzo par internet pour chaque scène. Je mixais grossièrement la musique avec le son direct du film (à l'époque il n'y avait pas encore de montage-son sur les différentes versions du film). Nous avions ensuite un debriefing par webcam, Vincenzo me faisant alors ses commentaires. Lors de notre première rencontre, il a évoqué plusieurs pistes concernant la musique. Pour certaines scènes, il voulait quelque chose de minimaliste, il me parlait souvent des pièces pour piano d'Eric Satie. En ce qui concerne la première partie du film, il pensait que l'apport de l'électronique dans la musique serait tout à fait adéquate pour souligner l'atmosphère du laboratoire dans lequel Elsa et Clive travaillent. Vincenzo voulait aussi que les différents éléments thématiques principaux aient une couleur atonale.

Comment avez-vous travaillé avec le designer du générique ?

 Cyrille Aufort : Je n'ai pas travaillé directement avec le designer du générique. Vincenzo lui a fait parvenir la maquette que j'avais réalisée sur le line test ; j'imagine que ça lui a donné une idée de la couleur musicale du film.

En combien de temps a été réalisé la musique du film / du générique ?

 Cyrille Aufort : J'ai travaillé du mois d'octobre 2008 jusqu'au début du mois de février 2009. Durant le premier mois et demi, je n'ai que très peu écrit à l'image, je travaillais essentiellement sur les thèmes que j'envoyais régulièrement à Vincenzo pour approbation. Ce n'est vraiment qu'à partir de la mi-novembre que j'ai commencé à "maquetter" chaque scène. Les séances d'enregistrement et de mixage musique ont débuté dès la mi-janvier.
En ce qui concerne le générique, il s'agit du dernier "cue" que j'ai composé, le line test n'étant pas prêt avant. J'ai écrit cette musique sur le thème de DREN en 2 jours, Vincenzo a approuvé cette version. Il n'y a eu par la suite que très peu de modifications sur la musique du générique.

Quel était votre budget pour ce poste ?

 Cyrille Aufort : 140 000 euros, c'est le budget musique pour ce film.

Quelles sont vos influences pour la musique de ce film / ce générique ?
 

Cyrille Aufort : En ce qui concerne le thème d'Elsa, bizarrement c'est "2001, L'odyssée de L'espace" qui, je pense est à l'origine de cette couleur orchestrale. Pour ce qui est du reste, je pense que c'est du domaine de l'inconscient. Vincenzo voulait par moment une musique qui se rapproche de celle des films de genre ("Horreur"), mais là aussi, je n'ai pas d'exemples précis en tête.

Le Top 10 des génériques de Cyrille Aufort :
Le + classe : North By Northwest
Le + drôle : Ed Wood
Le + ovni : Mars Attacks
Le + innovant : Seven
Le + émouvant : Schindler's List
Le + musical : Catch Me If You Can
Le + mieux que le film : Destination Finale (pour la musique de Shirley Walker)
Le + moins bien que le film : pas d'idée
Le + raté : pas d'idée
Le + meilleur : Citizen Kane